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Malgré tous ses attraits, Dakar n’est pas toujours une ville facile à vivre. Les voyageurs étouffés par les excès inhérents à une grande métropole, à commencer par ceux de la pollution, peuvent à loisir trouver un refuge sur les trois petites îles qui entourent la presqu’île du cap Vert : Gorée, l’archipel de la Madeleine et N’Gor. Trois îles, trois caractères distincts, trois manières d’envisager l’Afrique d’aujourd’hui, ses beautés, ses défis, ses blessures, ses aberrations aussi.
Gorée, symbole de l’esclavagisme
Gorée est un havre de paix, qui réserve son lot de surprises dès lors que l’on prend le temps de la parcourir à pied et de discuter avec ses habitants. Malgré sa petite taille (300 m de large et 900 m de long), une journée s’avère insuffisante pour en faire le tour. L’île possède indéniablement un charme méditerranéen.
Pour être plus précis, elle ressemble à l’île d’Aix surplombée par un village provençal, avec ses façades coloniales repeintes de couleurs vives, ses ruelles pavées, ses fortifications, ses ateliers d’artistes. Pour la petite histoire, la vocation artistique de Gorée remonte à la création d’une université par Léopold Sédar Senghor peu après l’indépendance du Sénégal. Celle-ci est aujourd’hui fermée, mais elle attirait un grand nombre de musiciens, d’écrivains, de sculpteurs et de peintres. L’un de ces peintres a développé un style très apprécié par les touristes et très… copié : des personnages filiformes vêtus de vrais morceaux de wax (le tissu qui habille des millions d’Africains), peints sur un fond de couleur vive. Un peu partout au Sénégal, on retrouve sur ce modèle de très jolies toiles, plus décoratives qu’artistiques.

À Gorée, « l’homme est le remède de l’homme »
Pour finir, un petit florilège des atouts de Gorée.
- Le fort d’Estrées, au Sud, abrite le passionnant Musée historique du Sénégal, incontournable !
- Le Musée de la femme et celui de la mer présentent un intérêt plus limité.
- Le village artisanal est agréable (on y est moins assailli qu’à Dakar) et très fourni, marchandage conseillé…
- La maison de Blaise Diagne, premier député africain élu à l’Assemblée nationale française ;
- Les ateliers d’artistes (celui de Gabriel Kemzo Malou, élève de Mustapha Dimé, se trouve sur un site splendide à l’extrémité sud de l’île, et accueille d’autres artistes en résidence) ;
- Le Castel (plateau rocheux fortifié offrant une vue splendide sur l’île et sur Dakar) ;
- La place du Gouvernement,
- L’ancien palais du gouverneur,
Les îles de la Madeleine, un parc national à protéger
Les amateurs de calme et de nature à l’état brut seront comblés par l’aspect hostile de cette île d’origine volcanique. Imaginez un morceau de brousse de 700 m de diamètre, jeté à 4 km des côtes, bien forcé de s’adapter à l’action conjuguée des vents et de la mer. Le résultat est cet archipel inhabité, sauvage, propice à la randonnée aussi bien qu’à la méditation ou à la baignade. La seule île qui se parcourt à pied est l’île aux Serpents. Son nom provient d’un militaire français exilé, Sarpan, que les Lébous voisins ont transformé en Serpent à cause des quelques couleuvres qui logent sur l’île.
L’archipel de la Madeleine est, avant toute chose, le royaume des oiseaux. Plusieurs espèces y ont des espaces de nidification : grands cormorans, balbuzards pêcheurs et phaétons éthérés, que l’on aperçoit tout autour de l’île. Les mères couvent leurs petits sous des rochers répertoriés (à observer avec précaution !). Les plus impressionnants sont sans doute les faucons pèlerins et les milans noirs. Ces rapaces juchés sur des rondins donnent un faux air de western à la façade est de l’île.
Côté végétation, le baobab nain est l’un des rares arbres capables de résister aux vents. Il rampe sur le sol à la recherche d’eau, sans grand succès puisqu’il n’existe aucune source sur ce rocher. Notez que l’un des plus grands baobabs nains d’Afrique de l’Ouest a commencé à pousser ici voici plus de cinq cents ans… Pendant la saison sèche (de novembre à juin), l’île est recouverte de paille et de terre rouge. Les tons ocre et brique dominent. À la saison des pluies, elle enfile un manteau vert et quelques fleurs peuvent enfin apparaître.
En fin de parcours, la baignade autour du plan d’eau, juste à côté de la digue d’embarquement, est un autre grand moment de communion avec les éléments. La mer pourvoit une petite cuvette gorgée de poissons multicolores, encerclée de rochers noirs (attention aux oursins) et d’une mini-plage à l’abri du vent.
Le combat des « écogardes »

Les deux visages de N’Gor

Avant l’arrivée des colons français, l’île de N’Gor était inhabitée. Seules quelques chèvres élevées par des pêcheurs lébous musardaient sur un territoire « interdit », patronné par un mauvais génie (un peu comme sur la Madeleine). À la fin du XIXe siècle, les militaires français établirent des camps stratégiques sur la pointe nord-ouest, dont on peut encore voir les ruines. Les blocs de béton décrépis qui parsèment la côte nord sont également des restes d’installations militaires.
Avec le développement du tourisme au Sénégal, N’Gor s’est découvert un nouveau visage et accueille plus de cent mille visiteurs par an. Facile d’accès (cinq minutes à peine de pirogue), elle n’est habitée à l’année que par quelques dizaines de résidents. Les ateliers d’artistes et lieux d’exposition ont essaimé partout : toiles, sculptures, batiks (système de teinture complexe à base de cire fondue), murs de ciment peinturlurés ou recouverts d’haïkus plus ou moins politisés, tout est prétexte à l’expression artistique. Les ruelles serpentent sur l’île au milieu des cottages ceinturés de murs en pierre ou (plus souvent) en béton. On peut facilement louer l’une de ces maisons, de la villa grand luxe avec piscine au baraquement aménagé style mobile-home.

Les touristes y passent souvent leur dernier week-end et les étudiants sénégalais l’envahissent pendant leurs vacances. Sans parler des Français expatriés qui en ont fait leur lieu de prédilection pour le farniente. Certains dimanches, le moindre centimètre carré de sable est revendiqué et les cabanons à grillades ne désemplissent pas.
Une autre particularité de l’île de N’Gor : il n’y a pas d’électricité, seuls quelques panneaux solaires et groupes électrogènes produisent un peu de courant. Boubacar, un résident, est catégorique : « L’électricité, on n’en veut pas ! Pas de télé, pas de réverbères, juste quelques lampes dans la pénombre, c’est comme ça qu’on aime notre île ». C’est un peu pour ça que N’Gor dénote dans le paysage.
À bâbord, l’hôtel Diarama, vestige austère des débuts de l’ère touristique au Sénégal. À tribord, le Club Med, qu’on ne présente plus. Au milieu, le village de pêcheurs, avec par endroits ses allures de bidonville. L’île est comme un trait d’union entre la zone touristique et les quartiers populaires, un des rares endroits où les deux mondes se côtoient, le temps d’un week-end.
Infos pratiques
Comment se rendre sur les îles ?
Gorée
Départs réguliers de la chaloupe depuis l’embarcadère de Gorée, sur le port, près de la gare. Tarifs : 5 000 F CFA l’aller-retour.
La Madeleine
La plage d’embarquement est située sur la corniche ouest, après l’anse de Soumbédioune. Compter 1 500 F CFA pour le taxi depuis le centre-ville, 5 000 F CFA pour la traversée et la contribution au Parc national. Téléphoner au 821-81-82 pour prendre rendez-vous. Prévoir des chaussures de marche et de quoi se protéger du soleil.
N’Gor
Départ de la plage du village de N’Gor, dans la zone touristique. Va-et-vient permanent de la pirogue. 500 F CFA l’aller-retour.