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A 30 ans, Samba Peuzzi a déjà construit une trajectoire, commencée 13 ans plus tôt à l’ombre du label Rep’Tyle. Aujourd’hui, après Dip Doundou Guiss, il en est le porte-drapeau. L’enfant des lointaines banlieues de Dakar a visé juste, trouvé le flow et le tempo, les mots et les sons qui l’ont rendu populaire chez les jeunes, dans un pays où les moins de 20 ans représentent plus de la moitié de la population.
Autant dire que le jeune homme a pris du poids d’autant plus que sa curiosité musicale, son goût pour la danse et la mode, font de lui un artiste inclassable.
Comparaison n’est pas raison, mais comme Stromae, le rappeur a une vision globale, et pense avec son équipe les moindres détails de ses clips, de sa stratégie, de ses collaborations. Il y a 2 ans il sort un tube en feat avec Rema, une des stars de l’afrobeats au Nigeria, et désormais en Afrique et dans les diasporas.
Bref comment, à partir du quartier, on fait grandir sa voix au Sénégal, puis du Sénégal au reste du monde? Nous avons demandé a Samba.
D’abord d’où te vient le nom Samba Peuzzi ?
Mon vrai nom c’est Samba Tine. Samba Peuzzi est donc mon nom de scène. Le nom est venu naturellement parce qu’étant petit, on dansait du break dance… on avait un groupe qui s’appelait Posey gang (posey comme “posé”). Et chacun de nous avait son prénom auquel était ajouté « Posey ». Un jour, en voulant écrire le nom sur les réseaux, j’ai écrit Samba Peuzzi et j’ai laissé comme ça. Après, quand j’ai commencé à chanter j’ai voulu changer le nom mais c’était déjà parti : je me suis dit que c’était original en fait.
Qu’est ce que tu écoutais comme musique durant ton adolescence?
J’écoutais de tout : du mbalax, du rap, des sons spirituels comme le thiant parce que quand tu naît dans la banlieue, tu peux pas y échapper. Donc tu apprends à chanter ça. C’est quelque chose qui nous fait mieux connaître notre religion… ça nous éduque.
De la danse, comment es-tu passé au chant ?
J’ai commencé à m’intéresser à la musique vers 2012-13, mais c’était juste pour le fun. Je dansais beaucoup et comme j’aimais trop jouer a la star, je me suis dit que je vais chanter. Et puis j’ai rencontré les gars du label Rep’Tyle Music et j’ai fait la connaissance de Dip Doundou Guiss qui est un grand frère pour moi. J’ai aussi rencontré le directeur Idy et Bizon qui ont vu le talent en moi, Ils m’ont dit : « Si tu continues à rapper ça va marcher parce que tu as ton propre style ». C’est comme ca que Dip m’a donné de la force dès le début en m’intégrant dans son deuxième album. J’ai fais un couplet qui a cartonné.
Dans ce couplet, le punchline a capté le public, ça a marqué les gens. Je me suis dit : Je vais représenter mon quartier « Diamaguene – Diacksao car il n’y avait aucun rappeur connu originaire de la bas. Et là je me suis dit : je vais me lancer.
Le titre Ghetto Boy incarne bien cette période des débuts…
Dans ce son je disais : « je ne ressemble pas à là ou je vis, je suis pas sale, ta mère te dit : ne viens pas dans ce quartier, mais moi je suis from Diack (Diacksao). I’m a boy ghetto ».
Beaucoup pensent que si tu habites dans la banlieue, tu n’est pas clean… mais moi j’ai cassé cette croyance. Ce qui a influencé beaucoup de jeunes de mon quartier qui sont aujourd’hui décomplexés. Pour moi, l’endroit ne détermine pas l’homme que tu est. Tu peux être de la banlieue et être quelqu’un de respectable.
Tu mets un soin particulier à l’esthétique dans tes vidéos. Est ce important pour toi ?
C’est artistique en fait. Si tu fais de la musique tu dois aimer l’art, tu dois aimer la mode. Avant de faire de la musique j’aimais la mode, c’est ça que je dégage. Je veux faire rêver les jeunes, leur dire qu’il faut vivre : peu importe que tu sois au village ou ailleurs, soit stylé. Même en tenue traditionnelle, il faut capter les gens : sois beau !
C’est toi qui choisis les tenues ?
Je m’implique mais y a des gens qui m’aident. Je travaille avec un ami sur une marque de vêtements, et il m’aide sur beaucoup de choses. Même si les gros moyens ne sont pas encore là, on veut un jour ouvrir des usines de textile… des choses que les rappeurs d’ici croient qu’un autre rappeur ne peut pas réaliser. Inchalla on peut le faire au Sénégal et en Afrique de l’Ouest… et on le fera.
Comment travailles-tu tes textes ?
C’est naturel… Tout vient de mon environnement, de la banlieue où j’ai grandi : je raconte en fait mon vécu. Je n’y pense pas trop, je raconte des choses palpables que tu vas voir si tu regardes. D’habitude je n’écris pas trop. Je viens et je me lance en freestyle.
Comment a tu pu décrocher Rema, comment c’est arrivé ?
J’ai rencontré le producteur Abraham de One God Music qui nous a vu dans un showcase ici aux Almadies. On s’est dit qu’on allait collaborer et pour moi le but c’etait de faire sortir la musique sénégalaise comme l’ont fait les Nigérians, les Ghanéens, et les Ivoiriens. On a donc produit un son qui s’appelle « Mercedes » puis Abraham a fait écouter le son a Rema. Il a kiffé direct. Quand je suis allé jouer au Badaboum à Paris, Rema était en ville, et on s’est dit pourquoi pas. Et on a enregistré là. Le son a cartonné au Nigeria et dans la sous-région.
Pourquoi pas du tama dans tes sons ?
Pour entrer dans l’univers de Rema pa exemple, il faut faire de l’Afrobeat. Si on arrivait direct avec du mbalax, Rema allait peut-être pas comprendre la rythmique. Maintenant si on commence à avoir de l’audience à l’extérieur grâce a l’afrobeat, on va faire entrer un peu de mbalax, un peu de rythmique sabar. On avance doucement doucement. Le mbalax c’est quelque chose dans lequel on est né, il faut le comprendre d’abord pour l’écouter. Je pense qu’il faut l’adapter à quelque chose de récent pour l’exporter. On travaille là-dessus avec des beatmakers a l’étranger et ici. Ça va prendre du temps peut-être, mais ça va prendre.
Les aînés comme Youssou Ndour, Baaba Maal, Ismaël Lônous ont montré que c’est possible. Ils ont fait des sons entièrement en français, des sons sans mbalax, mais aussi des sons où ils ont mélangé le mbalax avec de la pop et d’autres rythmes, donc c’est cette idée qu’on va essayer de capter. Imposer un nouveau type de musique comme les Nigérians l’ont fait. Quelque chose de nouveau au plan mondial.
D’après toi, pourquoi le hip-hop est-il devenu si fort au Sénégal ?
C’est la jeunesse. Au Sénégal il y a beaucoup de jeunes et si les jeunes aiment quelque chose, c’est normal que ça domine. Les jeunes ont imposé leur culture, c’est naturel. Si les investisseurs locaux étaient visionnaire, ils investiraient dans la musique urbaine car c’est ce qui va dominer le Sénégal et le monde. Ce n’est pas de l’aide qu’on demande mais des investissements. Investir sur les jeunes qui veulent exporter la musique et collaborer avec d’autres artistes.
Peut-être aussi parce que le rap permet aux jeunes de dire des choses qu’ils ne peuvent pas dire ailleurs…
Le rap c’est ça à la base. Dire quelque chose que les autres musiques n’ont pas tendance à dire, quelque chose qui est en toi, qui est réel, que tu ressens. C’est ça qui fait la connexion entre jeunes. Le problème en Afrique, c’est qu’on ne comprend pas la jeunesse. On regarde les jeunes comme des enfants, comme un père de famille regarderait ses enfants. En Afrique c’est ça notre problème.
J’ai 30 ans, mais les grands de mon quartier me voient toujours comme un gamin. Ils pensent que nous jeunes n’avons pas le droit de parler ou de discuter de certaines choses. Pourtant ce serait bien de donner parfois la parole aux jeunes dans les activités où il n’y a que des adultes, au moins y associer un jeune pour qu’il s’exprime.
On nous dit d’aller à l’école alors que la rue même est une école. Il y a beaucoup de jeunes qui ont du talent alors qu’ils ne sont jamais été a l’école française. Il y en a beaucoup qui sont passionnés par le foot, la mécanique, ainsi de suite… il y a beaucoup d’options mais malheureusement beaucoup d’adultes ne le comprenne pas. Ils disent que les jeunes sont impolis alors que le fait de leur coller l’étiquette d’impolitesse les rend impolis. Il faut essayer de communiquer avec les jeunes, les intégrer dans les prises de décision. Nous sommes jeunes, mais nous ne sommes pas des enfants.
En étant jeune, on connaît des trucs que eux les grands ne connaissent pas. De même, eux, ils connaissent des choses que nous on connaît pas. On a besoin d’eux, comme eux de nous. On doit échanger sur plein de choses et pour moi c’est ça qui va nous permettre de nous développer sur tous les plans, et de trouver des solutions ensemble.
Ce respect inconditionnel des aînés, ça vient de la tradition…
Oui, mais c’est pour ça que le rap est bien. Ce qu’on ne nous permet pas de dire, on le dit dans nos sons. Et même si les grands n’aiment pas, leurs enfants vont l’aimer et le chanter. Il faut essayer de savoir quels sont les problèmes des jeunes. Pourquoi beaucoup de jeunes sont dans la drogue, ou en prison…. C’est pas qu’ils sont des voyous ou des fous, mais parce qu’ils n’ont pas l’occasion de parler ou de comprendre.
Beaucoup n’ont pas compris comment ça se passe dans le pays. Beaucoup de données leur échappe car ils ne sont pas allés loin à l’école et n’ont donc jamais eu l’occasion de discuter de certaines choses… c’est les adultes qui doivent nous aider sur ça. Par exemple parler des effets néfastes de la drogue pour qu’ils comprennent. Nous jeunes nous avons besoin de ce genre de discussions. Croyez moi, nous sommes des jeunes mais des fois, nos ambitions dépassent même celles des grands.
Aujourd’hui, justement, quels sont tes rêves ?
Mon rêve c’est un Sénégal meilleur d’abord. Un Sénégal où les jeunes et les grands sont ensemble, où on prend des décisions ensembles. Le Sénégal c’est le pays de la teranga, un pays de paix.
L’autre rêve, c’est de faire sortir notre musique comme l’ont fait les Nigérians, comme le fait notre grand Youssou Ndour. Que les jeunes aient de l’ambition et voient au-delà du Sénégal. Qu’ils comprennent que nous pouvons vendre le pays grâce a la musique, mais plus largement l’art. Si tu me dis Nigéria je pense direct à la musique, pas au foot.
Je ne connais pas le nom du président du Nigéria, mais je connais Wizkid, Rema, Davido. Ça, c’est l’art qui l’a fait. Donc on doit travailler sur ce plan culturel, avec les jeunes parce que c’est l’intérêt du pays. C’est comme l’équipe nationale qui a gagné la coupe d’Afrique. Si demain on devient une star planétaire, c’est le Sénégal qui gagne.
Panafricanmusic
D’abord d’où te vient le nom Samba Peuzzi ?
De la danse, comment es-tu passé au chant ?
Le titre Ghetto Boy incarne bien cette période des débuts…
C’est toi qui choisis les tenues ?
Peut-être aussi parce que le rap permet aux jeunes de dire des choses qu’ils ne peuvent pas dire ailleurs…